17 novembre 2011

Jambon périmé

Bon, on y est, passé l'angoisse de la feuille blanche (ou bien les problèmes de temps, de connections internet, d'envie), il faut bien se lancer, n'est-ce pas? Alors pour ce premier article je vais te parler d'une purge indéfendable baptisée "Il reste du jambon?"
Aux manettes, on trouve Anne Depetrini qui réalise là son premier film de A à Z puisqu'elle est scénariste, dialoguiste et réalisatrice. Premier film pour l'animatrice d'émissions-télé, avec son mari dans la vrai vie en personnage principal, Ramzy Bédia, ainsi on ne pouvait en principe rien attendre de spécial de cette comédie sentimentale, mais c'était sans compter le désir à peine avoué de vouloir jouer les briseurs de tabous en racontant une histoire tirée de l'experience personnelle du couple.




L'histoire en deux mots, c'est la rencontre de Ramzy, chirurgien accompli issu d'une famille musulmane clichée au possible, avec Justine, journaliste télé de famille traditionnelle, ou plutôt de type "famille française moyenne", et de tout les tracas que peut engendrer cette union de deux mondes radicalement opposés de par le mode de vie et la religion. Thématique intéressante au premier abord, bien que fortement casse-gueule du fait que ce genre de sujet puisse vite tomber dans le racolage et les clichés classiques...

Tout d'abord, il faut que tu saches que le film à pour enjeu les conflits d'un couple où les deux membres ont une culture et une éducation opposées. ça on va me dire, on l'avait compris, sauf qu'il faut le savoir, et que les 45 premières minutes du film sont consacrées à la rencontre des deux protagonistes de l'histoire. C'est seulement au bout de ce temps infiniment long (et pourtant clairement la partie la moins mauvaise du film, c'est dire..) qu'on commence à voir arriver les éléments perturbateurs au sein du couple, les parents de Ramzy rejetant sa compagne, et les parents de Justine rejetant Djalil, joué par Ramzy. Il s'en suit alors un interminable défilé de clichés racistes les plus éculés du monde, allant du père de Justine qui transforme le nom de Djalil entre Djamel, passant par les pires préjugés sur les familles musulmanes, également une fameuse scène où un vigile de magasin (joué par Eric Judor, rendant grotesque à n'en plus finir ce passage) suspecte Ramzy a.k.a. Djalil de voler des ceintures... tout y passe.
Le défaut majeure du film est principalement le fait qu'il s'agisse d'une accumulation de clichés, un affiche publique de situations vues et revues qui sert seulement à indigner, à nous dire "regarder comment ça se passe en vrai". Anne Depetrini souligne tellement cela, met un tel soin à ce qu'on soit attristé et choqué, appelez ça carrément du racolage, qu'on finit par ne plus voir autre chose. Alors, on pourrait se dire qu'on va tout de même avoir droit à une réflexion sur le sujet, par des dialogues, de vraies échanges de points de vues qui pourrait densifier le propos omniprésent, mais rien ne se passe. Pire, à chaque présentation d'un cliché, puisqu'il s'agit ni plus ni moins d'un assemblage de scènes et de situations de la vie quotidienne du couple, alors qu'on attend un échange qui pourrait montrer le parti pris où l'envie d'élever le débat,de donner du fond au sujet, la réalisatrice ne trouve rien de mieux à faire que de mettre une bande son assourdissante signée Akhenaton pour masquer les dialogues. Grotesques scènes que voici: le couple échange, bouge les lèvres, pendant que le marseillais gueule des textes aussi horribles que le film, c'est tout (d'ailleurs, si ça c'est le dernier Akhenaton, vaudrait mieux qu'il retourne daredare dans sa pyramide). Ceci a un terme technique, ça s'appelle jeter de l'huile sur le feu.
Tu commences a saisir, le film arrive à amener une réflexion tout en évitant d'y prendre part, et ça ne serait pas aussi irritant si la purge qu'est "Il reste du Jambon?" ne prétendait pas pouvoir péter  plus haut que son cul. 
Ce triste constat sur la comédie française me ramène au fait qu'on a décidément aucun cinéaste issu de l'hexagone capable de pondre un comédie drôle, qui aurait à la fois un sujet ayant la vocation de titiller le spectateur, le questionnant sur lui même comme on peut le voir de l'autre côté de l'Atlantique avec la bande de Seth Rogen, Judd Appatow ou Greg Mottola.   
Pour en finir avec cette calamité sans fond, je vais me permettre de te griller la fin  pour te montrer à quel point même en le prenant au 15ème degrés ce premier film raté d'Anne Depetrini est inutile. J'ai oublié de mentionner certains point de l'histoire, notamment un gros, qui montre bien l'improbabilité que la démarche de la réalisatrice aboutisse, c'est que la mère de Djalil est en CM2. Oui. Ca part sur une bonne vanne façon H, sauf que c'est du premier degré dans un film toujours premier degré, la mère de Djalil est en réalité scolarisée en CM2 et prépare un spectacle de fin d'année, spectacle au cours duquel tout les problèmes seront réglés en 30 secondes: les beaux parents de Djalil partent en Tunisie sur un coup de tête, et le couple formé par Djalil et Justine se reforme (et oui j't'ai pas dit mais ils se sont séparés pendant les 20 dernières minutes du film). Attention magie: on avait prédit à Justine qu'elle se remettrait avec Djalil un jour de neige et il tombe des flocons faits en papier lors du spectacle de fin d'année. 

Ca vole vraiment haut. Grace à Anne Depetrini, j'ai simplement perdu 1H30 de ma vie, une partie qui ne me sera jamais rendu. Je pense que t'as compris, il reste du jambon mais il est ouvert depuis un sacré moment, tu ferais mieux de le jeter dans la poubelle. Plus sérieusement et pour résumer, "Il reste du jambon" cède à tout les clichés, caricatures des personnages fades, et navigue réellement en haut dangereuse compte tenu de l'ambiguité de son propos. Pas étonnant qu'il se soit fait déchirer par la presse.